Le Carrefour des Ecrasés

Troisième volume d’une nouvelle série « Grands détectives » parue chez 10/18, Le Carrefour des écrasés mêle à la fois énigme, Histoire et romantisme – du moins à certains égards.
A l’instar des deux romans qui l’ont précédé, cet ouvrage a pour personnage principal Victor Legris, libraire de son métier et détective à

 
ses heures perdues. Ses aventures le font suivre à la trace médecins frauduleux, chansonniers et danseuses dans un dédale de rues aux couleurs et fréquentations
multiples et, tandis que nous suivons ses pas, il nous ouvre les portes du Moulin Rouge et des cabarets de Montmartre en traversant à l’occasion les couloirs de la Salpêtrière où des malades dangereux côtoient de
 

pauvres gens perdus dans cet hôpital pour aliénés.

Fin XIXe. Au pied de Montmartre, le corps d’une jeune femme vêtue de rouge est retrouvé au Carrefour des écrasés. A son pied, une chaussure rouge importée de Londres. L’autre, disparue, est apportée à la librairie de Victor Legris par un chevrier qui a découvert l’adresse de la petite boutique rue des St Pères dans la

 
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  semelle de ladite chaussure. Car par le plus grand des hasards, la victime est une amie de la protégée de Kenji, l’associé de Victor Legris. C’est là une chance inouïe pour Victor qui bénéficie dès lors d’une longueur d’avance sur la police qui semble plus malchanceuse que l’apprenti détective, comme c’est souvent le cas dans les romans policiers. S’ensuit ainsi une enquête qui conduit Legris à l’assassin de la jeune femme, ancien  

amant éconduit de la mère de la victime. Saurez-vous percer le mystère et découvrir derrière qui se cache le meurtrier ?

Critique

Si ce roman ne manie qu’avec prudence les ressorts classiques du genre et s’il multiplie sans doute un peu trop découvertes fortuites et

 

rencontres inopinées de personnages liés de près au complot, l’histoire est agréable à suivre et ses mérites nombreux.
Contrairement à bien des romans policiers dans lesquels le détective est le centre autour duquel gravitent d’autres figures caricaturales ou effacées, cet ouvrage évite l’écueil des personnages fantômes et multiplie les acteurs à forte personnalité.

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  Victor Legris n’est dès lors plus qu’un lien entre tous ces visages et se distingue davantage par l’importance accordée à sa vie sentimentale que par ses qualités de fin limier. Personnage nombriliste et parfois agaçant, il ne pourrait progresser seul, tandis que son attitude autoritaire à l’égard de son adjuvant Joseph contribue à lui ôter tout ou partie de sa crédibilité d’enquêteur. C’est là le défaut majeur de ce héros   que l’on veut Sherlock et qui cherche à démontrer sa supériorité sur Watson sans en avoir les capacités corollaires. D’où le mérite d’ajouter à ce héros médiocre une foultitude de rôles de premier plan.
Autre intérêt de ce roman : suivant pas à pas nos héros, nous retrouvons grâce à des descriptions précises un Paris marqué par les transformations du Second Empire, par la poussée des cabarets sur la butte Montmartre, un
  Paris pourtant encore morcelé entre quartiers urbains et micro villages. Travail sérieux de deux amoureuses de la capitale bien documentées, ce roman est donc une aubaine pour tous ceux qui rêvent de pénétrer les portes du Moulin Rouge de Toulouse-Lautrec et retrouver un Paris qui n’existe plus, avec ses chemins boueux, ses allées envahies par les herbes folles et les monstrueuses Halles animées par les
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cris des marchands, dont on n’entend aujourd’hui plus que l’écho.

C.B.

   
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