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Extraits
« Nous sommes sortis du restaurant
« de l’Ile » et il m’a pris le bras
pour monter l’escalier du quai. Le brouillard s’était
levé, un brouillard à la fois tendre et glacé,
qui vous emplissait les poumons d’une telle fraîcheur
que vous aviez la sensation de flotter dans l’air.
Sur le trottoir du quai, je distinguais à peine les
blocs
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d’immeubles,
à quelques mètres. »
« A tâtons, j’ai cherché la porte,
puis la minuterie de l’escalier. J’ai refermé
la porte le plus doucement possible. A peine avais-je poussé
l’autre porte aux carreaux vitrés pour traverser
l’entrée de l’immeuble que cette sorte
de déclic que j’avais éprouvé en
regardant par la fenêtre de la chambre s’est produit
de nouveau. L’entrée était éclairée
par un globe au plafond qui répandait une lumière
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blanche.
Peu à peu, je m’habituai à cette lumière
trop vive. Je restai là, à contempler les murs
et les carreaux de la porte qui brillaient.
Une impression m’a traversé, comme ces lambeaux
de rêve fugitifs que vous essayez de saisir au réveil
pour reconstituer le rêve entier. Je me voyais, marchant
dans un Paris obscur, et poussant la porte de cet immeuble de
la rue Cambacérès. Alors mes yeux étaient
brusquement |
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éblouis
et pendant quelques secondes je ne voyais plus rien, tant cette
lumière blanche de l’entrée contrastait
avec la nuit du dehors.
A quelle époque cela remontait-il ? Du temps où
je m’appelais Pedro McEvoy et où je rentrais ici
chaque soir ? Est-ce que je reconnaissais l’entrée,
le grand paillasson rectangulaire, les murs gris, le globe au
plafond, cerné d’un anneau de cuivre ? Derrière
les carreaux vitrés de la porte, je voyais |
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le départ de l’escalier
que j’ai eu envie de monter lentement pour refaire les
gestes que je faisais et suivre mes anciens itinéraires.
Je crois qu’on entend encore dans les entrées
d’immeubles l’écho des pas de ceux qui
avaient disparu. Quelque chose continue de vibrer après
leur passage, des ondes de plus en plus faibles, mais que
l’on capte si l’on est attentif. Au fond, je n’avais
peut-être jamais été ce Pedro McEvoy,
je n’étais |
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rien, mais des ondes me traversaient,
tantôt lointaines, tantôt plus fortes et tous
ces échos épars qui flottaient dans l’air
se cristallisaient et c’était moi. »
« J’avais marché jusqu’à la
fenêtre et je regardais, en contrebas, les rails du
funiculaire de Montmartre, les jardins du Sacré-Cœur
et plus loin, tout Paris, avec ses lumières, ses toits,
ses ombres. Dans ce dédale de rues et de boulevards,
nous nous étions |
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rencontrés un jour, Denise
Coudreuse et moi. Itinéraires qui se croisent, parmi
ceux que suivent des milliers et des milliers de gens à
travers Paris, comme mille et mille petites boules d’un
gigantesque billard électrique, qui se cognent parfois
l’une à l’autre. Et de cela, il ne restait
rien, pas même la traînée lumineuse que
fait le passage d’une luciole. » |
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