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Extraits du Ventre de Paris
Première description des Halles
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« Florent le suivait, sabandonnait.
Une lueur claire, au fond de la rue Rambuteau, annonçait
le jour. La grande voix des Halles grondait plus haut ; par
instants, des volées de cloche, dans un pavillon éloigné,
coupaient cette clameur roulante et montante. Ils entrèrent
sous une des rues couvertes, entre le pavillon de la marée
et le pavillon de la volaille. Florent levait les yeux, regardait
la haute voûte dont les boiseries |
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intérieures
luisaient, entre les dentelles noires des charpentes de fonte.
Quand il déboucha dans la grande rue du milieu, il songea
à quelque ville étrange, avec ses quartiers distincts,
ses faubourgs, ses villages, ses promenades et ses routes,
ses places et ses carrefours, mise tout entière sous
un hangar, un jour de pluie, par quelque caprice gigantesque.
Lombre, multipliait la |
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forêt
des piliers, élargissait à linfini
les nervures délicates,
les galeries découpées, les persiennes transparentes
; et cétait, au dessus de la ville, jusquau
fond des ténèbres, toute une végétation,
toute une floraison, monstrueux épanouissement de métal,
dont les tiges qui montaient en fusée, les branches qui
se tordaient et se nouaient, couvraient un monde avec les légèretés
de feuillage dune futaie séculaire. Des quartiers
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dormaient encore, clos de
leurs grilles. Les pavillons sommeillant dans les creux des
toitures, du beurre et de la volaille alignaient leurs
petites boutiques treillagées, allongeaient leurs ruelles
désertes sous les files des becs de gaz.
Le pavillon de la marée venait dêtre ouvert
; des femmes traversaient les rangées de pierres blanches,
tachées de lombre des paniers et des linges oubliés.
Aux gros légumes, aux fleurs |
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et aux fruits, le vacarme allait
grandissant. De proche en proche, le réveil gagnait
la ville, du quartier populeux où les choux sentassent
dès quatre heures du matin, au quartier paresseux et
riche qui naccroche des poulardes et des faisans à
ses maisons que vers les huit heures. » |
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Deuxième
description des Halles
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« Le cadran lumineux de
Saint-Eustache pâlissait, agonisait, pareil à
une veilleuse surprise par le matin. Chez les marchands
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de vin, au fond des rues voisines, les becs de gaz séteignaient
un à un, comme des étoiles tombant dans de la
lumière. Et Florent regardait les |
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grandes Halles sortir de lombre, sortir du rêve,
où il les avait vues, allongeant à linfini
leurs palais à jour. Elles se solidifiaient, dun
gris verdâtre, plus géantes encore, avec leur
mâture prodigieuse, supportant les nappes sans fin de
leurs toits. Elles entassaient leurs masses géométriques
; et, quand toutes les clartés intérieures furent
éteintes,quelles baignèrent dans le jour
levant, carrées, uniformes, elles |
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apparurent comme une machine moderne,
hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque
chaudière destinée à la digestion dun
peuple, gigantesque ventre de métal, boutonné,
rivé, fait de bois, de verre et de fonte, dune
élégance et dune puissance de moteur mécanique,
fonctionnant là, avec la chaleur du chauffage, létourdissement,
le branle furieux des roues. |
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Retrouvailles de Florent et de son frère,
marié et père de famille
-Ah ! mon pauvre ami, dit-il, tu nas pas embelli là-bas
Moi, jai engraissé, que veux-tu !
Il était gras, en effet, trop gras pour ses trente
ans. Il débordait dans sa chemise, dans son tablier,
dans ses linges blancs qui lemmaillotaient comme un
énorme poupon. Sa face rasée sétait
allongée, avait pris à la |
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longue une lointaine ressemblance avec le groin de ces cochons,
de cette viande, où ses mains senfonçaient
et vivaient, la journée entière. Florent le
reconnaissait à peine. Il sétait assis,
il passait de son frère à la belle Lisa, à
la petite Pauline. Ils suaient la santé ; ils étaient
superbes, carrés, luisants ; ils le regardaient avec
létonnement des gens très gras pris dune
vague inquiétude en face dun maigre. Et le |
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chat lui-même, dont la peau pétait de graisse,
arrondissait ses yeux jaunes, lexaminait dun air
défiant ». |
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