Les Mystères de Paris
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contenu : cette page vous offre une biographie d'Eugène Sue, une fiche de lecture sur les "Mystères de Paris", ainsi que des extraits de l'oeuvre de Sue.
Eugène Sue (1804 – 1857)
Né à Paris en 1804, filleul de l’impératrice Joséphine,
Eugène Sue suit l’exemple de son père et entre dans la marine
à titre de chirurgien en 1823. Si ses premiers pas sont loin d’être
ceux d’un écrivain, ses expériences en Asie et en Amérique
deviendront source d’inspiration lors de la rédaction de ses premiers
romans. Eugène Sue débute ainsi sa carrière d’écrivain
par une série de romans maritimes tels que Kernok le Pirate, romans où
se mêlent aventures, naufrages et capitaines infâmes. S’il
connaît d’abord un succès notoire, Eugène Sue est
vite concurrencé par d’autres amateurs d’histoires maritimes
et se voit obligé d’opérer un tournant dans sa carrière
littéraire. Dès lors, l’auteur va se consacrer aux romans
de mœurs tels que Mathilde, œuvres immédiatement consacrées
par les salons littéraires où Eugène Sue apparaît
comme l’un des écrivains les plus en vue de son époque.
Pourtant, le romancier opère un revirement brutal dans sa carrière
à partir des années quarante, compromettant définitivement
son avenir au sein des salons et de la haute société. Récemment
converti au socialisme, il entreprend de dévoiler dans un roman feuilleton
un Paris méconnu, volontairement oublié par l’intelligentsia,
un Paris obscur grouillant de misères, de petits crimes, de maladies
et de morts, une ville avilie par l’injustice, un amoncellement de rues
où tout espoir a quitté masures et autres bâtiments croulants
sous la pauvreté. Ce roman est accueilli avec enthousiasme par le peuple
tandis que l’élection d’Eugène Sue comme député
socialiste en 1850 vient couronner ce succès littéraire. En revanche,
l’écrivain est définitivement exclu de nombreux cercles
dans lesquels il triomphait auparavant, alors que certains auteurs jaloux de
son succès l’assimilent immédiatement à un auteur
« industriel », prêt à sacrifier style et goût
artistique pour souiller ses romans en recourant à l’emploi d’un
vocabulaire compréhensible de tous et en façonnant ses histoires
de façon à les adapter aux goûts du peuple.
Les Mystères de Paris sont suivis de quelques romans reposant sur le
même principe, le plus célèbre d’entre eux étant
Le Juif Errant. Enfin, Eugène Sue entreprend la rédaction des
Mystères du Peuple ou « L’Histoire d’une Famille de
Prolétaires à travers les âges », vaste fresque historique
à valeur pédagogique, ce long récit visant à présenter
l’histoire de France sous l’aspect d’un feuilleton populaire,
de Vercingétorix au coup d’état de Napoléon III.
La lutte des classes y est une figure récurrente, tandis que certains
personnages antérieurs de Sue reviennent à la vie au cours de
ces mises en scène historiques. L’écrivain ne parvient toutefois
pas à mener son projet à bien, puisqu’il décède
en 1857 alors que ses Mystères du Peuple connaissent un succès
mitigé avant d’être finalement frappés par la censure.
Les mystères de Paris
Malgré une œuvre littéraire complète aujourd’hui
souvent méconnue, Eugène Sue fut à son époque l’un
des écrivains les plus lus par la haute société. Pourtant,
malgré un passé dans la littérature française, Sue
n’est pas découvert par le grand public avant la publication des
Mystères de Paris, premier roman de la série des « Mystères
Urbains ». Publiée dans Le Journal des Débats, premier journal
à 1 sou, cette œuvre marque un tournant dans la carrière
de l’écrivain qui devient dès lors le héro de toute
une génération d’ouvriers, la classe mise à l’honneur
dans son roman. Ce triomphe lui vaut cependant la perte de son statut antérieur
dans la haute société parisienne et engendre des critiques de
la part d’écrivains tel Balzac n’ayant pas connu le même
succès lors de la publication de leurs feuilletons.
Cela dit, il est vrai qu’Eugène Sue abandonne le style littéraire conventionnel avec les Mystères de Paris afin d’entamer la voie de l’écriture populaire, ce qui explique fort certainement le succès de son livre à l’époque, hormis l’intérêt social de l’œuvre. On retrouve ainsi dans ce roman une série de dialogues en argot ainsi qu’un vocabulaire oublié aujourd’hui, ce qui vaut d’ailleurs à l’œuvre de Sue d’être aujourd’hui une référence de l’argot du 19ème siècle.
Si Eugène Sue décide d’employer des mots courants et de simplifier son style, c’est sans doute parce qu’il souhaite être entendu de ceux qui lui inspirent les Mystères de Paris. En effet, dans ce roman, l’auteur nous conduit dans les quartiers de la pauvreté, du crime et de la douleur du Paris du 19ème siècle. Certes, l’œuvre est marquée par son époque, mais le Paris qu’elle décrit en est-il pour autant méconnaissable aujourd’hui ? Car c’est sans doute le mérite de cette fresque sociale que de rester toujours accessible grâce à son réalisme et la simplicité avec laquelle vices, souffrances et faiblesses y sont traités.
Dans ce Paris obscur, Eugène Sue débute donc sa quête en suivant les pas de son personnage principal, Rodolphe, Altesse de Gerolstein, qui paraît rechercher toute trace d’humanité dans un milieu dégradé, celui de la classe sociale à l’époque la plus pauvre. Ne révélant pas sa réelle identité, ce personnage généreux et doué s’introduit dans une communauté obscure pour sauver les âmes honnêtes qui ne peuvent pas s’en échapper. D’une certaine façon, Rodolphe incarne un Dieu omnipotent et généreux, révélant probablement l’idéal utopique d’Eugène Sue en mettant fin à la pauvreté qui frappe injustement les personnes méritantes. Néanmoins la religion chrétienne ne tient pas une place prédominante dans ce livre, car Rodolphe incarne Dieu pour ses protégés et se suffit à lui-même, rendant finalement l’intervention d’une divinité quelconque inutile.
Le thème principal du roman reflète donc l’idéologie socialiste à laquelle adhérait l’auteur à cette époque. On s’aperçoit entre autre que la peine de mort est déjà partiellement remise en question, bien qu’elle reste le choix prédominant de Sue qui continue à la justifier par l’atrocité des crimes commis dans cette œuvre. En effet, Les Mystères de Paris ne reflètent pas uniquement la quête de Rodolphe puisque la majeure partie du roman est consacrée à la préparation de crimes, à leur réalisation ainsi qu’à l’ignorance de la gravité des actes commis, aussi bien dans les couches populaires que dans la haute société. Ce sont donc toutes les couches sociales qui sont incluses dans le réseau criminel de cette œuvre, des nobles aux notaires, en passant par les miséreux et les dirigeants.
Cette introduction dans le monde criminel permet enfin au lecteur de retrouver le visage d’un Paris profondément transformé depuis : ainsi, l’on peut observer l’ancien visage de la Cité, tandis que l’on se réjouit de l’existence de l’irremplaçable « Temple », ici source infiniment riche en meubles et accessoires de décoration pour l’honnête et laborieuse « Rigolette ». Sue nous dévoile également l’ancienne plaine de St. Denis ainsi que St. Ouen.
Ce classique de la littérature française est très facilement
accessible grâce à son style succinct et l’usage d’un
langage populaire. Les Mystères de Paris intéressent facilement
le lecteur et il est difficile de les quitter car on s’attache à
la mission généreuse de Rodolphe. L’histoire fourmille de
coïncidences hasardeuses et peu probables, ce qui gâche parfois le
plaisir de la lecture. Cependant, on en garde finalement un très bon
souvenir, tout en étant heureux de vivre au 21ème siècle
et non dans les conditions de vie de « Fleur de Marie », «
Rigolette » ou du « Chourineur ».
Liens de parisarte :
Site consacré à Eugene Sue. Epoque, personnage, œuvre.
Dossier complet sur Eugene Sue. Biographie, œuvre.
La Peine de Mort vue par Eugène Sue.
« Les relations politico-littéraires entre Eugène Sue et Félix Pyat ». Eugène Sue, homme politique.